Au monde clos du TINA, opposer des alternatives déjà en germes… (Entre les lignes entre les mots – 15 mai 2017)

Dans son avant-propos, avant-propos-et-sommaire-du-livre-dolivier-bonfond-il-faut-tuer-tina/, publié avec son aimable autorisation, Olivier Bonfond répond à une question lancinante, de sceptiques ou non, « Vous critiquez, vous critiquez, mais que proposez-vous concrètement ? ». Une question qu’il faut prendre à bras le corps, une question et ses cadavres sanglants du siècle écoulé, une question dont aucun mouvement d’émancipation radical ne peut faire l’économie.

Il ne s’agit certes pas de dessiner les lignes d’une utopie achevée, mais de proposer des mesures, immédiates ou non, qui permettent à la fois une amélioration sensible de la situation socio-économiques de la grande masse des producteurs/productrices et de la majorité des citoyen-ne-s et à la fois un cadre de mobilisation démocratique pour l’égalité et la liberté des toustes.

L’auteur se propose de « donner du grain à moudre à celles et ceux qui sont désireux/euses d’aller au-delà du constat » et souligne que « des alternatives à la mondialisation capitaliste existent ! », des déjà-ici en tension, en potentialité « dans un monde profondément injuste ».

Les tristes réalités ne doivent pas entrainer la résignation, l’acceptation de inacceptable, le « TINA (There Is No Alternative) » cher à Margaret Thatcher. Des alternatives existent et s’il faut « un peu de volonté politique » pour les mettre en œuvre, elles sont aussi les conditions et les possibles de mobilisation pour les faire advenir, « partout dans le monde, et depuis longtemps, des hommes et des femmes combattent les injustices, et certains de ces combats mènent à des victoires »

L’auteur précise les objectifs du livre :

  • Aider les personnes, en particulier la jeunesse, à rompre avec le fatalisme en montrant que de nombreuses alternatives crédibles à la mondialisation capitaliste existent. 


  • Proposer un outil permettant aux militants sociaux, mais aussi à toute personne qui se pose des questions sur le monde qui l’entoure, de construire un argumentaire solide et efficace en faveur d’un changement progressiste et d’inviter à l’action collective. Le contenu de ce livre se veut donc simple et accessible, tout en restant le plus concret et le plus rigoureux possible.


  • Participer au renforcement de la convergence des luttes en articulant différentes thématiques dans une analyse globale.

Il ne s’agit ici ni d’un programme politique, ni d’un illusoire manuel de la révolution, ni d’une description fantasmatique d’une société idéale. Plus simplement d’une « liste non exhaustive de propositions et revendications (dont certaines se sont concrétisées) provenant très largement des luttes portées par les mouvements sociaux du monde entier ».

Et pour commencer une indispensable proposition zéro : « changer les règles de grammaire pour lutter contre le patriarcat », l’invisibilisation et l’infériorisation des femmes..

Le livre est divisé en quatre parties (voir plus bas, le sommaire complet).

De cet ensemble très complet, je ne souligne que quelques éléments. Et pour commencer, les paragraphes d’« autodéfense intellectuelle », le rappel d’objectifs concrets « la satisfaction universelle des droits humains fondamentaux, le respect de l’environnement et la construction d’une véritable démocratie ».

Comment accepter que certains êtres humains soient moins égaux que d’autres ? Une question fondamentale à laquelle il convient d’adjoindre : Comment accepter que certains êtres humains soient moins libres que d’autres ?.

L’auteur indique, entre autres, le faible coût, en regard de la richesse créée, d’une éradication de la faim. Il montre que la pauvreté est un « phénomène multidimensionnel », le lien étroit entre augmentation de la pauvreté et augmentation des inégalités, l’indivisibilité et l’universalisme des droits humains, le sexe de la pauvreté, la détérioration des droits syndicaux et plus généralement des droits d’organisation, les conséquences humaines des changements climatiques, la globalité de la crise écologique, les « déficits » démocratiques, « la démocratie ne peut en aucun cas se limiter au respect des libertés individuelles fondamentales »…

Olivier Bonfond revient sur la propriété privée des grands moyens de production, l’exploitation des travailleuses et des travailleurs, l’exploitation gratuite du travail des femmes, le libre-échange et la concurrence, la violence institutionnelle et sociale du capitalisme, l’utilisation des fonds publics pour rembourser les dettes privées…

Il souligne les possibles grands pas en avant, l’exemple des campagnes d’alphabétisation, l’unité combinée des alternatives contre « la division dans les combats et le déni des relations de causalité et d’interdépendance des alternatives entre elles », le renforcement mutuel des luttes sociales, le droit international relatif au respect des droits humains, les revendications démocratiques et sociales, les tensions et les contradictions inévitables dans les processus d’émancipation, le contrôle démocratique et la gestion des ressources disponibles…

L’auteur parle aussi de solidarités internationales, de mondialisation des luttes, de rompre le cercle infernal de la dette, de richesse (comment nous la produisons et la répartissons – au présent et au futur), de récupération et de socialisation, de contrôle « ouvrier », de promotion d’autres formes de propriétés et de gestion non-capitaliste, de souveraineté alimentaire et de droit à l’alimentation, de biens publics mondiaux, de désobéissance civile, de travail décent et de réduction du temps de travail, des droits relatifs à la migration et à l’asile, de liberté de circulation et d’installation des personnes, d’assemblées constitutives, de coopération…

Une riche somme. Chacun-e pourra ajouter des pièces manquantes, d’autres en discuter des formulations. Quoiqu’il en soit, un livre pour apprendre, débattre, passer à l’action. Des analyses, des propositions et des exemples de possible.

Un ouvrage auquel les un-e-s et les autres pourront se reporter pour assoir les nécessaires débats et actions pour rompre avec un certain fatalisme et changer le monde…

Olivier Bonfond : Il faut tuer Tina

200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde

En collaboration avec CEPAG et CADTM

Editions du Cerisier, Cuesmes (Belgique) 2017, 528 pages, 25 euros

Par Didier Epsztajn

A lire sur entreleslignesentrelesmots.com

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